BUGATTI CHIRON : UN ESSAI QUI DÉPASSE L’IMPENSABLE !

Impossible de passer à côté. Il y a des privilèges auxquels on ne peut se soustraire. Bugatti nous a fait une nouvelle fois confiance pour l’essai de sa dernière œuvre d’art mécanique, dix années après celui de la fantasmatique 16.4 Veyron. La Bugatti Chiron est passée entre nos mains, la muse de Molsheim s’est révélée à nos yeux, nos sens se sont instantanément animés, nos cœurs accélérés, l’excitation naturelle d’une telle journée, hors norme, a pourtant changé à jamais notre conception de la mobilité moderne. La Chiron, avec ses 1500 ch, ne supporte, à vrai dire, la comparaison d’aucune autre automobile.

Essai Bugatti Chiron

2,4 Millions d’Euros

« Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher », la devise d’Ettore Bugatti, pourvoyeur des mythiques Type 41 Royale et 57SC Atlantic, a traversé le temps, pour envahir l’âme de cette Chiron. Ce troisième modèle, en fait, de l’ère moderne Bugatti, tient son nom du pilote Monégasque, Louis Chiron, disparu en 1979. Avant elle, il y a eu L’EB 110, à l’origine de la résurrection italienne de Bugatti en 1987 et la célébrissime 16.4 Veyron, le symbole technologique du rachat, en 98, par le géant Allemand Volkswagen et de son charismatique patron, Ferdinand Piëch… Sans ce génie de l’automobile, la Veyron puis aujourd’hui cette Chiron n’auraient pas vu le jour. Secrètement, et pendant de longues années de gestation, il a nourrit le rêve ultime de réinventer Bugatti, le joyau de l’automobile d’exception. Son obstination démesurée presque « mégalomaniaque » a porté ses fruits révélant au monde entier que Bugatti dépassait tout ce que la production automobile était capable aujourd’hui de réaliser. Orgueilleux, sans doute, mais comment peut on reprocher à cette homme la renaissance d’une marque aussi sculpturale dans une région, l’Alsace, Molsheim, où le cœur de la production du nouveau bolide bat à nouveau aux cadences de 70 modèles par an.

Il aura fallu d’ailleurs 4 ans de développement et près de 650.000 kilomètres d’essais pour fiabiliser la Chiron. Le modèle ne sera conçu qu’à 500 exemplaires, contrairement aux 450 unités de la Veyron, mais plus de la moitié, déjà, est vendue et promise à de richissimes propriétaires. Une avalanche financière réalisée en un temps record. La somme dépensée est bien-sûr à l’image de ce monument galopant : 2,4 millions d’euros, dont 200.000 euros d’acompte à la signature pour un délai de deux années d’attente, au moins ! On n’est pas sûr qu’à ce prix, l’affaire soit pour autant rentable. Elle ne l’était pas pour la Veyron. Qu’importe, l’image, plus forte que la rentabilité. Mais le nouveau président de Bugatti Automobiles, Wolgang Dürheimer, n’a pas hésité à affirmer que « La Chiron est le résultat d’efforts inouïs d’une équipe à concevoir la meilleure des meilleures voitures » ! C’est dit. Il fallait donc la produire, aller au bout du rêve.

Essai Bugatti Chiron

Luxe, puissance et Rapidité inégalés

En est-elle pour autant la voiture parfaite ? Oui. On peut, sans risque, s’avancer. Il n’y a guère dans le paysage, une automobile capable de sublimer autant l’automobile d’aujourd’hui. L’exaltation des lignes, lisses et ininterrompues, les mensurations atypiques qui créent un lien de filiation avec sa devancière, les formes travaillés et découpées, au-dessus de l’enveloppe mécanique, créent une ressemblance évidente avec l’Atlantic. Et puis, il y a cette signature esthétique, sublime, en forme de « C », l’initiale de Chiron, qui englobe les portières… Du cousu main sans altération, sans fausse note et sans outrance. La Chiron dégage une puissance esthétique inégalée. Et que dire des optiques avant et arrière qui accentuent sa grande modernité. On n’oubliera pas non plus le sigle « Bugatti » trônant au milieu de la calandre « fer à cheval », apposé, simplement, mais en Argent !

Sous cette robe impressionnante où le carbone ondulé transcende le regard, le châssis monocoque cache en réalité les organes de la voiture la plus puissante, la plus rapide et la plus luxueuse des hypercars de la planète. Il n’y a qu’à monter à son bord pour prendre la mesure de cet objet d’1,9 tonnes. Le luxueux poste de pilotage, entièrement dédié au conducteur, force le respect. Un compteur central s’achève à 500 km/h, les écrans numériques peuvent indiquer la puissance instantanée utilisée à l’accélération, donc de 0 à 1500 ch. Une deuxième clé de contact est intégrée à la droite du conducteur, à l’instar de la Veyron, qui permet, si vous en avez l’occasion, de générer un châssis encore plus sportif (oui, c’est possible !) utilisable au delà des 380 km/h… Dans ce cas, la Chiron s’abaisse de 30 mm. 80 mm seulement séparent alors le sol du châssis. La direction électromécanique se durcit, les amortisseurs aussi, la boîte DSG à 7 rapports devient plus rapide qu’elle ne l’est déjà. La gestion électronique du moteur offre plus de réactivité.

Essai Bugatti Chiron

Comparativement à la Veyron, 98% des pièces sont nouvelles. L’extraordinaire W16, désormais caché, est doté de 4 turbos à double étagement. Il gagne aussi 25% de puissance en plus… Le couple qui s’échelonne de manière continue entre 2000 et 6000 tr/mn atteint 1600 Nm ! Un monstre qui semble vouloir décupler sa force jusqu’à l’infini. Et si l’on s’amuse avec les chiffres, on comprend mieux pourquoi la Chiron n’est pas tout à fait une voiture comme les autres. Il ne lui faut que 2,5 s pour atteindre les 100 km/h. 13,6 s les 300 km/h, lorsqu’une Porsche 918 Spyder l’effectue en seulement 20,9 s. Il faut aussi imaginer que la Chiron développe 560 ch environ de plus que la plus puissante des Ferrari, LaFerrari. Elle distille aussi deux fois la puissance d’une Lamborghini Aventador S… Il ne lui faut que 1008 m pour partir de 0, atteindre les 300 km/h et s’arrêter. La taille des freins céramique carbone a été revue d’ailleurs. Celle des pneumatiques aussi, à l’arrière, ils sont plus étroits mais plus larges à l’avant que ceux de la Veyron pour gommer davantage le survirage. Affaire de mise au point. 450 km/h annoncés, 420km/h bridés, en réalité, en tout cas pour l’instant, histoire de dire que la Bugatti en a sous le pied ! et lorsqu’on évoque les consommations, il lui faudrait, à pleine charge, engloutir un litre d’essence tous les 600 mètres…. faites les calculs !

Essai d’un autre genre, d’une autre dimension

Alors c’est vrai, lorsque, par magie, le moteur prend vie, je reste sans voix ! La bouche ouverte. Dans l’habitacle, la partition est grave, celle d’une sorte de gros hors bord de course. Comment intégrer en si peu de temps qu’il y a derrière mon dos 1500 chevaux ? Qu’il va falloir les exploiter sans erreur ? Que je vais devoir sur des routes classiques, au Portugal, les lâcher sans trahir la confiance qu’on me donne ? A vrai dire, sur le moment, mon assurance habituelle à conduire des super-sportives, m’échappe. Sans être un novice, l’angoisse m’envahit. Mais il est impensable d’abandonner. Alors je me jette dans le grand bain de la performance irrationnelle…

Essai Bugatti Chiron

L’accélération est instantanée, fulgurante, à tel point qu’elle vous écrase dans le siège, ma tête ne tient pas l’assiette, elle penche en arrière et il faut un gros effort pour se maintenir, même cramponner au volant. Le W16 secondé des les premiers tours par deux des quatre turbos râlent furieusement mais garantie le couple des 2000 tours. Passés les 3000 tr/mn les deux autres rentrent en scène, les quatre de concert soufflent à l’unisson, la symphonie mécanique s’emballe, pas de temps mort, l’accélération vous fait rentrer dans la 4ème, non ! dans la 5ème dimension. C’est inimaginable, irréel ! On plafonne pourtant à 6700 tr/mn mais la boite DSG dégaine le rapport suivant en un temps record. Revue, elle supporte la puissance. La qualité du châssis, l’exploitation active de l’aérodynamisme dans les soubassements des ailes avant et grâce au gigantesque aileron intelligent, offrent une stabilité incommensurable… L’aileron actif réagit à partir de 180 km/h (donc en moins de 6 secondes d’accélération), reste ouvert pour le refroidissement du moteur, mais les angles varient automatiquement selon les besoins d’appuis. Je prends le rythme, me rassure petit à petit, même à des vitesses inavouables. Je me dis aussi qu’il y a quatre roues motrices qui répartissent le couple de manière automatique en fonction des besoins. La motricité est maitrisée. Le freinage hyper sécurisant, et tout aussi impressionnant, me conforte dans les parties sinueuses du parcours.

J’accélère, toujours. Curieusement, la précision de la direction selon les modes (EB, Autoroute, ou Racing) n’est pas la même mais ne trahit aucun flottement. Curieusement aussi, la Chiron paraît plus facile à apréhender que la Veyron, un brin plus facile aussi, alors que 499 ch les séparent ! Son agilité me déconcerte, me fascine aussi. Je retrouve ma confiance, mes habitudes de conduite. J’accélère plus encore. La tentation est trop forte. Je jette un œil rapide à l’instrumentation, j’exploite 1491 ch dans la graduation instantanée, j’atteins 283 km/h, dans une très grande ligne droite. NON !!!! je n’ai rien senti, rien vu venir ! j’arrête. Je coupe le moteur. Prends la pause. Reviens à la raison. Je suis allé trop loin et pourtant, je viens de conduire, la sérénité et le sourire retrouvés, la voiture la plus rapide de l’histoire de l’automobile de série. Pauvre privilégié que je suis !

Essai Bugatti Chiron

BUGATTI CHIRON – W16 1500 CH : Fiche Technique

Salon Genève 2016 : Bugatti Chiron

Fiche Technique
Bugatti Chiron W16 – 4 turbos – 1500 ch

Caractéristiques
Poids à vide 1.900 kg
Moteur
Cylindrée W16 – 4 turbos – 7.993 cm3
Puissance 1500 ch à 6.700 tr/min
Couple 1600 Nm de 2.000 à 6.000 tr/min
0 à 100 km/h 2,5 s
0 à 200 km/h 6,5 s
0 à 300 km/h 13,6 s
Vitesse maxi 450 km/h annoncée (420 km/h bridée)
Consommation annoncée
Cycle Mixte 22,5 l/100 km
Emissions de CO2 516 g/km
Tarif 2,4 Millions d’euros
 Bugatti Chiron : au-dessus de tout – Emission TURBO du 02/04/2017
 
lu sur turbo.fr

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